Tingidae
Punaises réticulées

Description  Vues de dos, on croirait que ces punaises sont couvertes d'une fine dentelle. Les ailes ainsi que l'ampoule et la lame marginale du pronotum de certaines espèces sont faites d'un réseau de cellules qui forment une sorte de filet aux mailles plus ou moins serrées. Les antennes comprennent quatre articles; l'insecte est dépourvu d'ocelles. Il n'y a pas de divisions claires entre le clavus, le corium ou la membrane. Le pronotum se prolonge en pointe au-dessus du scutellum. Les sexes sont semblables.

Les nymphes ne sont pas réticulées. Chez beaucoup d'espèces on observe des excroissances en forme d'épines ou de tubercules sur la tête et le dos, des phanères .

Gargaphia tiliae sur du tilleul.
Nombres  La liste des Tingidae présentée ici comprend 12 genres et 27 espèces dont 14 appartiennent aux Corythucha. Il y aurait 260 genres et 2124 espèces mondialement.
Alimentation  Elles sont toutes exclusivement phytophages et généralement inféodées à un nombre limité d'hôtes. Elles s'alimentent des tissus cellulaires des feuilles d'arbres, d'arbustes, de plantes herbacées ou même de mousses. Les feuilles se décolorent à l'endroit où la colonie s'est alimentée.
Taille  En général, elles sont minuscules (entre 3 et 4 mm). La plus petite espèce mesure 2,3 mm et la plus grande 6,0 mm.
Taxinomie  Toutes les espèces du Québec appartiennent à la sous-famille des Tinginae et toutes à la tribu des Tingini sauf Kalama tricornis qui appartient aux Ypsotingini.
Notes  Les Tingidae comptent sur le camouflage pour échapper aux prédateurs. Les insectes ne s'envolent pas volontiers.
Gargaphia tiliae
Cette espèce est l'une des plus grandes Tingidae observées au Québec (entre 4,1 et 4,8 mm). Contrairement aux Corythucha, elle n'a pas d'ampoule qui lui couvre la tête; sa taille et son allure unique permettent de la distinguer des autres Tingidae. Son hôte est le tilleul auquel Drake & Ruhoff (1965) ajoutent le Cerisier tardif (Prunus serotina) et le Gainier rouge du Canada (Cercis canadensis). L'adulte hiberne; une première génération se développe en juin et pond des oeufs pour une seconde génération à la mi-juillet (Bailey, 1951). Les femelles gardent et protègent activement leurs oeufs et leurs nymphes. Fink (1915) a observé la femelle Gargaphia solani, espèce absente du Québec, diriger avec autorité une centaine de nymphes vers un nouveau site d'alimentation, ramenant dans le groupe à coups d'antennes les punaises dissipées. Bailey (1951) croit que G. tiliae a un comportement maternel similaire.
Les femelles gardent leurs oeufs et leurs nymphes. Ci-dessus, la femelle a été observée près de ses 55 oeufs. D'après Bailey (1951), les oeufs mesurent 0,48 mm de long et 0,18 mm de diamètre. Une femelle peut en déposer jusqu'à 300 sur la surface inférieure de la feuille. Ils pendent perpendiculairement ou sont couchés dans toutes les directions.Groupe de nymphes gardé par une femelle. Celle-ci en haut de la photo, à droite, s'est rapprochée des nymphes en battant des ailes, lorsque la feuille a été  relevée pour prendre la photo.
Nymphe au stade VÀ gauche, une punaise qui achève sa mue imaginale. Des adultes et des nymphes se partagent un minuscule site, sous la feuille.Un groupe d'adultes au début d'août.
Dictyla echii. La colonie d'adultes et de nymphes (ci-dessus) a été observée sur un plant de grémil (Lithospermum sp.), une Boraginacée. Cette punaise prospère exclusivement sur ce groupe de plantes. Physatocheila variegata
 
Leptoypha mutica Leptoypha mutica nymphe  
Leptopharsa oblonga

Adulte


Nymphe aux fourreaux alaires développés.


Ci-dessus: l'importante colonie s'alimente sous les feuilles de l'Amphicarpe bractéolée. La flèche rouge pointe sur une des punaises venue sur le dessus d'une feuille.

À droite: une nymphe à un stade de développement différent de celle de gauche.

À noter chez les nymphes, les excroissances noires en forme d'épines: deux derrière les yeux, trois le long du dos et une paire en V, complètement à l'arrière.
Acalypta lillianis
Acalypta lillianis est un minuscule insecte mesurant entre 2 (ailes courtes) et 3 mm (ailes longues) de long. Il vit sur la mousse, notamment sur celle du genre Polytrichum. L'espèce hibernerait au stade de nymphe (Bailey, 1951).

À droite, les deux photos représentent le même individu observé le 16, puis le 26 septembre. Gardé en captivité, il semblait se nourrir sur les plants de Polytrichum qui lui ont été offert. La seule espèce observée au Québec est A. lillianis. Toutefois, cette nymphe pourrait aussi être A. parvula présente en Ontario (Maw et al., 2000).
À dix jours d'intervalle, le même individu du genre Acalypta.
Corythucha sp.
On observe au Québec 14 espèces appartenant au genre Corythucha. Les minuscules punaises sont très semblables mais on peut tenter de les déterminer en observant l'hôte sur lequel l'insecte se développe. Le patron de couleur ainsi que la forme et la taille de l'ampoule vue de profil, sont caractéristiques de l'espèce. 
La vue de profil des punaises appartenant au genre Corythucha fournit un important critère de détermination. En effet, la forme de l'ampoule qui couvre la tête de l'insecte est différente pour chaque espèce de ce genre.Les nymphes sont grégaires. Ci-dessus, quatre des cinq stades de croissance sont rassemblées sous une feuille de tilleul.
Cliquez sur les illustrations ci-dessous pour voir le détail des magnifiques dessins de Elsie H. Froeschner. Les images proviennent du site Encyclopedia of Life. Pour le détail des espèces d'hôtes, voir plus bas dans la liste des espèces.
Hôtes arcuata associata bellula ciliata coryli cydoniae elegans heidemanni juglandis marmorata mollicula pallipes pergandei ulmi
Amélanchier
Aubépine
Aulne
Bouleau
Caryer
Cassandre
Céphalanthe
Cerisier
Chêne
Cognassier
Composées
Érable
Frêne
Groseiller
Hêtre
Noisetier
Noyer
Orme
Ostryer
Peuplier
Platane
Pommier
Ronce
Saule
Sorbier
Tilleul
Corythucha ciliata
La couleur des ailes qui sont pâles et sans bande foncée à l'extrémité est un caractère déterminant. Les nymphes se rassemblent en colonies denses. Sous la fine dentelle blanche, l'insecte est tout noir.
Corythucha arcuata
Corythucha arcuata vue du dessus et de profil. L'ampoule de cette espèce est aplatie. Corythucha arcuata auprès de dizaines d'oeufs fixés sous la feuille d'un chêne.
Les nymphes sont souvent regroupées comme ci-dessus. Elles sont à divers stades de croissance (taille et fourreaux alaires plus ou moins développés). Une nymphe de stade intermédiaire (stade trois ou quatre ?) car les fourreaux alaires sont moyennement développés. La colonie macule le dessous de cette feuille de chêne: oeufs, excréments liquides, exuvies.
Corythucha juglandis
Corythucha juglandis prospère aussi sur le tilleul, où elle a été observée ici. La punaise vient de muer au stade adulte et n'a pas encore pris les couleurs typiques de son espèce (ténérale). En bas à gauche, son exuvie. Trois nymphes à différents stades de croissance. La taille de l'insecte et le développement des fourreaux alaires les distinguent.
Punaise réticulée du chrysanthème (Corythucha marmorata)
Une petite colonie de punaises établie sous la feuille d'un aster ou d'une verge d'or. Le dos des nymphes est couvert de multiples excroissances en forme d'épine. Une punaise auprès de la cicadelle Athysanus argentarius. Intéressant de comparer les tailles respectives des deux Hémiptères.
L'ampoule qui couvre la tête comporte une échancrure qui dégage l'oeil de l'insecte. Le petit oeil rougeâtre est visible du dessus et même de dos, comme sur la photo au centre.
Corythucha pergandei 
L'insecte a été observé sur de l'aulne. Détermination par Laura T. Miller.
Liste des Tingidae du Québec
La liste ci-dessous provient de Maw et al. (2000) et comporte quelques ajouts (note 1 = Provancher (1889); note 2 = Roch (2014)). Pour connaître les espèces présentes dans les régions adjacentes au Québec, consultez la liste de Roch (2014).
Les noms français proviennent de Larochelle (1983) où toutefois le nom de « Punaise à Dentelle » a été remplacé par « Punaise réticulée », tel que le suggère Termium Plus. Plusieurs publications européennes donnent le nom de « tigre » à la punaise réticulée. Des noms français ont été omis lorsque le nom de la punaise et son hôte préféré ne concordent pas ou bien que plusieurs noms ont été donnés à la même punaise.
La liste des hôtes a été tirée de Drake & Ruhoff (1965) et de Larochelle (1983). La longueur des insectes provient de Larochelle (1983) ou autres (note 3 = Osborn & Drake (1917); note 4 = Osborn & Drake (1916)).
Noms scientifiques Noms français Hôtes mm Notes
Acalypta lillianis Torre-Bueno Punaise réticulée des mousses Climacium americanum, dryades (Dryas sp.), Oxytropis sp., Polytrichum sp. et autres mousses. 2,3 - 3,0
Alveotingis grossocerata Osborn & Drake Punaise réticulée à grosses antennes Inconnus. Capturés au filet sur du chardon. 2,9 - 3,5
Corythucha arcuata (Say) Punaise réticulée du chêne Chêne (Quercus sp.) 3,0 - 3,5
Corythucha associata Osborn & Drake Cerisier tardif (Prunus serotina) 4,1 2, 4
Corythucha bellula Gibson Aubépine (Crataegus sp.), Aulne rugueux (Alnus incana), noisetier (Corylus sp.), Groseillier du Nord (Ribes oxyacanthoides) 2
Corythucha ciliata (Say) Punaise réticulée du platane Platane (Platanus occidentalis) principalement et parfois sur Caryer ovale (Carya ovata), cassandre (Chamaedaphne sp.), frêne (Fraxinus sp.) 3,5 - 3,7
Corythucha coryli Osborn & Drake Noisetier (Corylus sp.), Ostryer de Virginie (Ostrya virginiana) 2,8 2, 3
Corythucha cydoniae (Fitch) Amélanchier (Amelanchier sp.), aronia, aubépine (Crataegus sp.), Céphalanthe occidental (Cephalanthus occidentalis), chêne (Quercus sp.), cognassier (Chaenomeles sp.), poirier (Pyrus sp.), pommier (Malus sp.), sorbier (Sorbus sp.) 2
Corythucha elegans Drake Saule (Salix sp.) et, dans une certaine mesure, peut se reproduire sur le peuplier (Populus sp.) 2
Corythucha heidemanni Drake Aulne (Alnus sp.), Bouleau jaune (Betula alleghaniensis), Orme d'Amérique (Ulmus americana), sorbier (Sorbus sp.) 3,7
Corythucha juglandis (Fitch) Punaise réticulée du noyer Caryer (Carya sp.), Noyers cendré et noir (Juglans cinerea et J. nigra), orme (Ulmus sp.), ronce (Rubus sp.), saule (Salix sp.), sorbier (Sorbus sp.), Tilleul d'Amérique (Tilia americana) 3,3 - 4,1
Corythucha marmorata (Uhler) Punaise réticulée du chrysanthème Composées: Aster sp., chrysanthème (Chrysanthemum sp.), Echinops sphaerocephalus, Grande herbe à poux (Ambrosia trifida), Hélianthe (Helianthus sp.), Rudbeckia serotina, tanaisie (Tanacetum sp.), verge d'or (Solidago sp.) 3,2 - 3,4
Corythucha mollicula Osborn & Drake Punaise réticulée délicate Groseiller (Ribes sp.), peuplier (Populus sp.), saule (Salix sp.) 3,4 - 3,5
Corythucha pallipes Parshley Punaise réticulée du bouleau Bouleaux à papier et jaune (Betula papyrifera et B. alleghaniensis), Chêne rouge (Quercus rubra), Érables argenté, à épis, à sucre et de Pennsylvanie (Acer saccharinum, A. spicatum, A. saccharum et A. pensylvanicum), Hêtre à grandes feuilles (Fagus grandifolia), Ostryer de Virginie (Ostrya virginiana), poirier, saule (Salix sp.), Sorbier d'amérique (Sorbus americana) 3,6 - 3,9
Corythucha pergandei Heidemann Aulne (Alnus sp.) surtout mais aussi Bouleaux à feuilles de peuplier, jaune et noir (Betula populifolia, B. alleghaniensis et B. nigra), Micocoulier occidental (Celtis occidentalis), Noisetier d'Amérique (Corylus americana), orme (Ulmus sp.), saule (Salix sp.) 2,8 à 3,0
Corythucha ulmi Osborn & Drake Punaise réticulée de l'orme Ormes d'Amérique, de Thomas, parasol et rouge (Ulmus americana, U. thomasi, U. glabra camperdownii et U. rubra)
Dictyla echii (Schrank) Boraginacées: consoude (Symphytum sp.), cynoglosse (Cynoglossum sp.), Lycopside des champs (Lycopsis arvensis), Pulmonaria sp., vipérine (Echium sp.). Ajout à Drake & Ruhoff (1965): grémil (Lithospermum sp.)
Galeatus spinifrons (Fallén) Punaise réticulée de l'aster Armoise vulgaire (Artemisia vulgaris), Aster à grandes feuilles (Aster macrophyllus), bruyère (Calluna vulgaris), épervière (Hieracium sp.), eupatoire (Eupatorium sp.), hélianthe (Helianthus sp.), luzerne (Medicago sp.), Morelle douce-amère (Solanum dulcamara) 4,1 - 4,5
Gargaphia tiliae (Walsh) Punaise réticulée du tilleul Cerisier tardif (Prunus serotina), Gainier rouge du Canada (Cercis canadensis), tilleul (Tilia sp.) 4,1 - 4,8
Kalama tricornis (Schrank) Punaise réticulée à trois cornes Armoise (Artemisia sp.), chrysanthème (Chrysanthemum sp.), épervière (Hieracium sp.), menthe (Mentha sp.), molène (Verbascum sp.), Orpin âcre (Sedum acre), séneçon (Senecio jacobaea), vipérine (Echium sp.)
Leptopharsa oblonga (Say) Amphicarpe bractéolée (Amphicarpa bracteata), Faux indigo (Amorpha fruticosa) 1
Leptoypha mutica (Say) Punaise réticulée du frêne Arbre de neige (Chionanthus virginica), frêne (Fraxinus sp.) 2,8 - 2,9
Melanorhopala clavata (Stål) Punaise réticulée à massue Chêne (Quercus sp.), verge d'or (Solidago sp.) 5,0 - 6,0
Physatocheila brevirostris Osborn & Drake Punaise réticulée à rostre court Inconnu 3,2 - 3,5
Physatocheila plexa (Say) Punaise réticulée entrelacée Caryer (Carya sp.), chêne (Quercus sp.), kalmia, saule (Salix sp.) 3,1 - 3,5
Physatocheila variegata Parshley Punaise réticulée panachée Aulne (Alnus sp.), caryer (Carya sp.), peuplier (Populus sp.), pin (Pinus sp.), saule (Salix sp.) 3,3 - 4,1
Stephanitis rhododendri Horváth
Punaise réticulée du rhododendron
Éricacées: Kalmia à feuilles étroites (Kalmia angustifolia), Piérides des montagnes et du Japon (Pieris floribunda et P. japonica), Rhododendron sp. 3,1 - 3,7
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