Punaises - Lygaeidae

Description  Les punaises de la sous-famille des Lygaeinae sont généralement rouges ou orange avec de larges motifs noirs. Les autres punaises sont, selon les espèces, de couleur terne dans divers tons de gris, bruns ou rouille. Elles sont difficiles à identifier.

Henry (2009) note ce qui les caractérise: sillons transversaux sur les calli, une carène en Y sur le scutellum et la position dorsale des spiracles abdominaux II à VII.
Lygaeus kalmii angustomarginatus
Lygaeus kalmii angustomarginatus
Nombres  Six genres et 11 espèces de Lygaeidae sont présents au Québec. Henry (2009) compte 102 genres et 968 espèces mondialement.
Habitat  On les observe souvent au sol ou sur la végétation basse, sur des fruits mûrs ou sur des fleurs. Certaines punaises préfèrent les arbres (Kleidocerys sp. sur le bouleau).
Alimentation  Des semences de divers végétaux (bouleau, aulne, asclépiade, onagre, etc.). Les Lygaeidae sont en général polyphages; même la Punaise de l'asclépiade est loin de restreindre sa diète à ce seul hôte.
Taille  Entre 3,3 et 18 mm.
Taxinomie  Incluait jadis, à titre de sous-familles, les Artheneidae, Berytidae, Blissidae, Cymidae, Geocoridae, Lygaeidae, Oxycarenidae, Pachygronthidae, et Rhyparochromidae, maintenant élevées au rang de familles.

Lygaeinae
Quatre espèces aux couleurs spectaculaires représentent la famille au Québec. Une seule est présentée ci-dessous.
Lygaeus kalmii angustomarginatus, la Punaise de l'asclépiade
Deux sous-espèces en Amérique du Nord
Stål est le descripteur de Lygaeus kalmii (1874). Parshley a nommé la sous-espèce angustomarginatus pour différencier les populations de l'est de celles de l'ouest (kalmii) de l'Amérique du Nord. Lygaeus kalmii angustomarginatus qu'on observe au Québec n'a pas deux gros points blancs sur la membrane qui est contournée par une très fine ligne blanche. Lygaeus kalmii kalmii a deux grandes taches blanches sur la membrane qui est bordée d'une large bande blanche (voir ici). Simanton & Andre (1936) notent qu'en captivité, les deux sous-espèces se sont volontiers accouplées pour produire des punaises correspondant à l'une ou l'autre des sous-espèces ou encore à des formes intermédiaires.
Nourriture
La Punaise de l'asclépiade est polyphage et se nourrit, en plus de l'asclépiade (Asclepias syriaca), de divers végétaux et même d'insectes morts ou vulnérables. Elle serait portée au cannibalisme; elle se nourrit des insectes piégés par la sève collante de l'asclépiade ou vulnérables comme la chenille du Monarque (Danaus plexippus). Root (1986) l'a vue se nourrir d'une abeille qui avait été capturée par un réduve embusqué parmi les fleurs d'une asclépiade. La punaise tolère la cardénolide, une toxine nocive pour plusieurs insectes et présente dans toutes les parties de l'asclépiade. Elle peut non seulement la consommer directement sans danger mais aussi se nourrir des insectes qui en ont mangé.
Reproduction
Les femelles pondent à l'intérieur des tiges ou à la surface d'une feuille tombée au sol, dans des interstices entre deux feuilles terminales de l'asclépiade (Root, 1986). En captivité, Simanton & Andre (1936) ont noté la fécondité de 12 femelles. Elles ont pondu entre 807 et 1482 oeufs, une moyenne de 1029 oeufs chacune. Les masses d'oeufs contenaient en moyenne 48 oeufs. Les auteurs ont observé des oeufs pondus individuellement ou en groupe de 30 ou plus. Les nymphes sont grégaires.
Lygaeus kalmii angustomarginatus Lygaeus kalmii angustomarginatus Lygaeus kalmii angustomarginatus
Le large motif noir en forme de coeur sur le dos est distinctif. Un 30 septembre, sur des graines d'asclépiade. La punaise consomme toutes les parties de la plante: sève, fleurs, graines. L. kalmii cachée dans les longues soies du fruit de l'asclépiade.
Lygaeus kalmii angustomarginatus Lygaeus kalmii angustomarginatus Lygaeus kalmii angustomarginatus
Deux nymphes de stade V s'alimentent d'euphorbe (à gauche) et d'armoise (à droite) alors que des plants d'asclépiades sont accessibles à quelques mètres de là. Ces observations concordent avec celles de Root (1986) qui a observé, en Californie, que L. kalmii produit une première génération estivale en l'absence de la plante. D'autres végétaux et des insectes morts sont alors consommés. Une nymphe de stade III. De nombreuses punaises immatures circulent au sol et consomment des graines de diverses plantes tombées sur le gravier.
Ischnorhynchinae
Deux espèces très semblables représentent la sous-famille au Québec. Kleidocerys resedae et K. ovalis. Ce n'est que tout récemment, lors de l'inspection d'une douzaine de collections d'insectes du Québec, que Roch (2008) a découvert en grand nombre la présence jusque-là inaperçue de K. ovalis. Les deux espèces se différencient par la couleur des calli et des antennes (Barber, 1953). Voir le détail ci-dessous. À noter que certains individus, aux zones foncées moins marquées, peuvent être difficiles à déterminer, surtout à partir d'une simple photo. De plus, d'après Roch (2008) les deux espèces de Kleidocerys ont été observées ensemble sur une même plante. Le clavus des espèces de cette sous-famille est ponctué.
Kleidocerys resedae
K. resedae a une distribution holarctique. Claassen (1921) l'a observée sur deux espèces de typha (Typha latifolia et T. angustifolia). Les femelles pondent leurs oeufs en mai et juin, individuellement, sur les fruits des typhas de l'année précédente. Les oeufs sont déposés sur les graines ou les soies. L'auteur était étonné de constater que les nymphes réussissaient à se nourrir de graines desséchées. En Europe, Péricart (1998A) a observé que les oeufs sont pondus par petits groupes comptant entre un et trois oeufs, entre les écailles des chatons femelles du bouleau. Ce nombre peut être plus élevé lorsque plusieurs femelles pondent au même endroit. Les jeunes nymphes s'observent à la surface ou à l'intérieur des chatons alors que les plus âgées s'observent sur les feuilles et les tiges.

Dans le Maine, Heinrich a observé un remarquable concert de K. resedae. Lorsque dérangés, des centaines d'adultes enfouis dans la litière sous des bouleaux émettaient une stridulation synchronisée. À la veille d'hiberner, ce comportement est interprété comme un signal d'alerte (Slater & Baranowski, 1990). Mâles et femelles peuvent striduler.
Kleidocerys resedae Kleidocerys resedae Kleidocerys resedae
Plusieurs nymphes à divers stades avec un adulte (ailé) en haut à droite de la photo. Sa présence permet de penser que les nymphes appartiennent également à K. resedae. Chez K. resedae les calli noirs (→ A) et la couleur des antennes permettent de différencier l'espèce de K. ovalis. Les premiers et derniers articles des antennes ainsi que les deux extrémités des seconds et troisièmes articles sont noirs. Chez plusieurs individus, une mince zone à l'avant du scutellum (→ B) est foncée.
Kleidocerys ovalis
Les calli de K. ovalis (→ A) sont foncés mais pas noirs comme ceux de K. resedae. Seul le dernier article des antennes est noirâtre. Le premier article est parfois brun foncé mais pas noirâtre et les articles II et III sont entièrement bruns.

La punaise se nourrit de bouleau, notamment. Des nymphes y ont été observées en grand nombre (voir ci-dessous). L'observation d'un adulte ailé sur une plante n'en fait pas nécessairement un hôte.
Kleidocerys ovalis Kleidocerys ovalis
Kleidocerys ovalis Kleidocerys ovalis Kleidocerys ovalis
Une nymphe en groupe compact avec des adultes et d'autres nymphes sur du bouleau, à la mi-août. Ci-dessus, une vue générale et rapprochée d'un important rassemblement de K. ovalis à la mi-octobre. Plusieurs centaines de punaises, rassemblées en petits groupes compacts s'étalaient sous les feuilles de dizaines de feuilles du bouleau.
Orsillinae
Les punaises appartenant à cette sous-famille sont difficiles à déterminer. En effet, elles se ressemblent entre elles mais elles peuvent aussi être confondues avec des punaises de la famille des Rhopalidae. Voir ci-dessous.
Neortholomus scolopax
N. scolopax est couverte d'une pilosité courte et aplatie et de poils plus longs mais clairsemés. La couleur générale de l'espèce varie, selon les individus, de brun à gris. L'insecte serait polyphage. En effet, Hamilton (1983) note que ses hôtes appartiennent à 13 familles différentes de végétaux. Toutefois, l'insecte aurait été capturé beaucoup plus fréquemment sur l'Onagre bisanuelle (Oenothera biennis).
Neortholomus scolopax
Sur de l'Onagre bisanuelle, début octobre, on observe des dizaines d'accouplements comme ci-dessus.
Neortholomus scolopax
Les deux punaises ci-dessus sont très semblables. Stictopleurus appartient pourtant à une autre famille, les Rhopalidae. Pour les différencier on peut noter, chez Neortholomus la présence d'une carène jaune pâle sur le scutellum (→ A); les nervures de la corie (→ B) sont moins découpées; la membrane est laiteuse et traversée en son centre par une bande de taches sombres et irrégulières (→ C). Les cunéus (→ D) sont rougeâtres.
Neortholomus scolopax Neortholomus scolopax

Une nymphe de stade III ou IV sur le fruit de la potentille. Notez les poils sur les yeux. N. scolopax se nourrit du fruit de l'euphorbe au début d'octobre.
Nysius sp.
Au Québec, on compte quatre espèces de Nysius. C'est très difficile, plus particulièrement à partir de photos, d'identifier les Nysius à l'espèce. Leur couleur varie de beige pâle à noirâtre. La marge postérieure des cories (→ ) comporte généralement une ou plusieurs sections brun foncé. Ceci peut distinguer Nysius de Neortholomus.

Les Nysius se nourrissent des graines des végétaux herbacés; ils sont en général plus ou moins largement polyphages, et plusieurs espèces sont susceptibles de pullulements (Péricart, 1998A).
Nysius Nysius
Nysius Nysius Nysius
Ce Nysius a une antenne difforme. Il lui manque un article mais l'ensemble de l'antenne a une longueur similaire à l'autre. Voir ici ce qu'en dit Péricart. De haut en bas: un adulte, deux nymphes et un accouplement. Nysius sp. stade V. L'absence de pilosité lui donne un air plus « net » que Neortholomus. Les rayures de la tête et du thorax sont bien marquées.
Comparaison des nymphes Kleidocerys, Nysius et Neortholomus.
Trois paires d'ostioles sur l'abdomen:
- Kleidocerys

Deux paires d'ostioles sur l'abdomen:
-Nysius, plutôt glabre.
-Neortholomus, couvert de poils blancs, courts et robustes.

Les nymphes appartenant aux Lygaeinae sont rouges ou orange et se distinguent bien des punaises des autres sous-familles (voir plus haut, sur cette page, Lygaeus kalmii).

Les nymphes présentées ici étaient en compagnie d'autres nymphes et de plusieurs adultes au genre confirmé. Les hôtes (bouleau, typha, potentille, etc.) étaient compatibles avec l'identité attribuée aux punaises.
Kleidocerys Kleidocerys
Nymphe de stade V du genre Kleidocerys. Notez les trois paires d'ostioles (→ ). Le dos est couvert de poils clairs très courts et robustes. La tête n'a pas de rayures, contrairement à celles des Nysius et Neortholomus. Cette nymphe pourrait être du genre Kleidocerys. Elle a trois paires d'ostioles sur l'abdomen et des poils blancs courts et raides. Péricart (1998A) note la bande rouge au centre du thorax. La nymphe était sur du typha, un de ses hôtes.
Nysius Neortholomus scolopax Neortholomus scolopax
Nymphe de stade V du genre Nysius. L'abdomen a deux paires d'ostioles (→ ). La tête et le thorax ont des rayures contrastées. Les nymphes n'ont pas la pilosité des Neortholomus. Nymphe Neortholomus scolopax de stade V. Les deux photos ci-dessus représentent le même spécimen. Le corps est couvert de très courts poils blancs présents même sur les yeux. Les deux paires d'ostioles (→ ) permettent de différencier N. scolopax de Kleidocerys qui a une pilosité similaire mais trois paires d'ostioles. Par ailleurs, la pilosité permet de différencier N. scolopax de Nysius qui lui ressemble, qui a le même nombre de paires d'ostioles, mais qui est plutôt glabre.

Liste des espèces de Lygaeidae du Québec
La liste des espèces a été tirée de Maw et al. (2000); Kleidocerys ovalis y a été ajoutée. Pour connaître les espèces présentes dans les régions adjacentes au Québec, consultez la liste de Roch (2014). La longueur des punaises provient de Blatchley (1926), Barber (1947 et 1953).
Nom
Sous-famille
Longueur
(mm)
Note
Kleidocerys ovalis Barber Ischnorhynchinae 5,0
Kleidocerys resedae (Panzer) Ischnorhynchinae 4,0 - 5,0 Dans Maw et al. (2000), on trouve les deux sous-espèces K. resedae geminatus (Say) et K. resedae resedae (Panzer) pour le Québec.
Lygaeospilus tripunctatus (Dallas) Lygaeinae 3,5 - 4,5
Lygaeus kalmii angustomarginatus Parshley Lygaeinae 10,0 - 12,0
Lygaeus turcicus Fabricius Lygaeinae 10,0 - 11,5
Neortholomus scolopax (Say) Orsillinae 5,0 - 6,0
Nysius angustatus Uhler Orsillinae 4,3 - 4,50, mâle
Nysius groenlandicus (Zetterstedt) Orsillinae 4,1 - 4,5
Nysius niger Baker Orsillinae 3.3 - 3,7 mâle
Nysius thymi (Wolff) Orsillinae 3,6 - 4,0
Oncopeltus fasciatus (Dallas) Lygaeinae 13 - 18

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