Punaises - Acanthosomatidae

Description  Les tarses des Acanthosomatidae comportent deux articles plutôt que trois. Deux carènes longent, au centre, la zone ventrale du thorax et de l'abdomen. Les deux punaises du genre Elasmostethus ont un motif en croix sur le dos. Les femelles du genre Elasmostethus sont dotées de l'organe de Pendergrast, unique aux Ancanthosomatidae; elles abandonnent leurs oeufs après les avoir déposés. Au contraire, les femelles Elasmucha sp. gardent leurs oeufs et sont dépourvues de l'organe de Pendergrast. Elasmucha lateralis
Femelle Elasmucha lateralis qui protège sa progéniture. Les punaises du genre Elasmostethus abandonnent leurs oeufs dès qu'ils sont déposés.
Nombres  Trois espèces et deux genres représentent cette famille au Québec (Roch, 2014). Henry (2009) compte 184 espèces et 46 genres mondialement.
Alimentation  Les trois espèces sont phytophages. Leurs hôtes préférés sont le bouleau (Elasmucha lateralis), l'aulne (Elasmostethus cruciatus) et l'Aralie à grappes (Elasmostethus atricornis).
Taille  Entre 6,5 et 10 mm.
Taxinomie  Considéré comme une tribu puis une sous-famille des Pentatomidae, le groupe a été élevé au rang de famille par Kurmar (1974).
Notes  Les clés en ligne de Paiero (2013) permettent d'identifier à l'espèce les punaises de la famille des Acanthosomatidae en utilisant des critères souvent visibles sur une bonne photographie. Elle permet aussi de les différencier des Pentatomidae, superficiellement semblables.
Elasmostethus atricornis
E. atricornis est une punaise vert-jaune, ornée d'un grand motif en forme de croix sur le dos. Elle ressemble à E. cruciatus mais s'en distingue assez facilement par ses antennes entièrement noires ou marron, la ponctuation plus fine de son pronotum (→ B), et les angles huméraux noirs (→ A). Au stade de nymphe et d'adulte, elle se nourrit essentiellement de l'Aralie à grappes (Aralia racemosa), une grande plante qui pousse dans les bois riches.
Elasmostethus atricornis Elasmostethus atricornis Elasmostethus atricornis
Carter et Hoebeke (2003) ont étudié l'espèce à Ithaca, dans l'État de New York (même zone de rusticité que Montréal). Voici leurs observations. Les adultes ne sortent généralement pas d'hibernation avant la première semaine de juillet. Les oeufs sont pondus sous les feuilles de l'Aralie à grappes, si les fruits ne sont pas encore apparus. Ils sont déposés individuellement ou en groupes comptant entre 12 et 25 oeufs ovoïdes, vert pâle, translucides et légèrement amincis aux extrémités. Peu avant l'éclosion, les yeux rouges des nymphes sont visibles à travers l'enveloppe de l'oeuf (chorion).
Après la mi-août la plupart des oeufs sont déposés directement sur les fruits ou sur leur pédicelle. Les femelles peuvent pondre jusqu'à la mi-septembre. Les oeufs éclosent simultanément, environ deux ou trois jours après avoir été déposés. Les nymphes de premier stade restent sur place, groupées et immobiles et ne semblent pas se nourrir.

Après la première mue, les nymphes de stade II se déplacent sur les fruits pour se nourrir. Les adultes de la nouvelle génération apparaissent de la fin août, jusqu'à la mi-octobre. À l'arrivée des gelées, les insectes se sont enfouis sous la litière entourant leur hôte. L'espèce produit une seule génération par année dans son aire de distribution nord-américaine.
Elasmostethus atricornis Elasmostethus atricornis
Les taches de l'abdomen et les antennes rouges contribuent au camouflage, parmi les fruits mûrs. La nymphe de stade V se nourrit sur un fruit de l'Aralie à grappes, son hôte.
Elasmostethus atricornis Elasmostethus atricornis Elasmostethus atricornis
Les nymphes de stades IV et V sont de couleur très variable. Elles s'agglomèrent souvent sur les fruits où elles sont bien camouflées. Les nymphes de stade V se regroupent en grand nombre dans un repli, sur le dessus des feuilles, juste avant la mue au stade adulte. Les adultes se regroupent aussi souvent à l'automne (Carter & Hoebeke, 2003). Au centre, ci-dessus, quatre nymphes grégaires s'alimentent à la toute fin d'août parmi les fruits de l'Aralie à grappes.
Elasmostethus cruciatus
E. cruciatus ressemble à l'autre espèce du même genre présente au Québec, E. atricornis. Les deux espèces se différencient assez facilement en observant la combinaison des critères suivants. Chez E. cruciatus, les antennes sont généralement pâles et parfois rouges mais jamais entièrement noires, la ponctuation du pronotum (→ B) est plus espacée et plus profonde, les angles huméraux (→ A) sont pâles ou teintés de rouge mais pas noirs. L'espèce est observée sur l'aulne.
Elasmostethus cruciatus Elasmostethus cruciatus Elasmostethus cruciatus
Adulte de passage sur une plante herbacée. Adulte très bien camouflé sur des chatons d'un aulne, son hôte. Une nymphe de passage sur du bouleau est pourchassée par une punaise prédatrice du genre Podisus.
Elasmostethus cruciatus Elasmostethus cruciatus Elasmostethus cruciatus
La couleur des nymphes de stade V est plus ou moins foncée. Une tache rouge en forme de Y couvre le dessus de l'abdomen. À droite une femelle adulte était coincée dans de jeunes feuilles d'un arbuste. La vue latérale permet d'observer quelques critères morphologiques utilisés dans les clés. Le canal de l'ostiole (→ A) est plus allongé que chez Elasmucha sp. Une carène (→ B) longe le centre de l'abdomen. L'organe de Pendergrast, constitué de deux paires de dépressions (→ C) est unique aux Acanthosomatidae. Seules les femelles en sont pourvues. Carter & Hoebeke (2003) décrivent leur comportement de cette façon: après avoir déposé un oeuf, la femelle frotte tour à tour ses tibias postérieurs sur l'organe de Pendergrast puis semble tapoter son oeuf. Le mouvement est répété entre cinq et dix fois, durant 30 à 60 secondes. Diverses hypothèses ont été émises pour expliquer ce comportement. L'application d'une substance qui protège les oeufs pourrait expliquer pourquoi les Acanthosomatidae qui gardent leurs oeufs, par exemple Elasmucha sp., sont dépourvus de l'organe de Pendergrast.
Elasmucha lateralis
E. lateralis n'a pas de motif en croix sur le dos, contrairement aux Elasmostethus sp. Sa couleur est est un mélange indistinct de brun de marron et de blanc. La ponctuation est profonde et couvre toute la partie coriacée. L'espèce se nourrit sur les feuilles et les chatons du bouleau. Elle hiberne au stade adulte et produit deux générations par année (Mc Pherson 1982).

Ci-dessous à gauche, on observe des nymphes aux fourreaux alaires plus ou moins développés qui proviennent probablement de deux groupes d'oeufs différents. Frost & Haber (1944) notent que des nymphes de mères différentes peuvent se rassembler et qu'une femelle peut protéger les nymphes d'une autre femelle.
Elasmucha lateralis
Les nymphes aux rayures longitudinales rouges jaunes et blanches sont caractéristiques. On les observe en groupe puisqu'elles sont grégaires jusqu'au stade adulte.
Elasmucha lateralis
Chez certaines nymphes, les lignes longitudinales sur le thorax peuvent être moins prononcées, comme chez les deux spécimens ci-dessus et à droite.
Elasmucha lateralis
Elasmucha lateralis Elasmucha lateralis Elasmucha lateralis
Elasmucha lateralis adulte. Chez E. lateralis, la base du pronotum se projette vers l'arrière, de chaque côté du scutellum (deux flèches). Les oeufs sont en train d'éclore. Certaines nymphes sont encore dans l'oeuf (→); leurs yeux et des rayures orange se devinent à travers l'enveloppe de l'oeuf. D'autres nymphes sont mobiles mais restent étroitement groupées sous la femelle.
La même femelle a été observée et photographiée du 2 au 18 juin 2007. Le 2 juin, les oeufs bleu pâle semblent fraîchement déposés. La femelle reste en place malgré l'intrusion de la photographe. À la visite suivante, le 9 juin, les oeufs ont pris une teinte brun pâle; le 15 juin, les nymphes sont empilées les unes sur les autres, dans une zone délimitée par le corps de la femelle qui les protège. Après l'éclosion des oeufs, la femelle s'est déplacée de quelques centimètres sur la feuille, révélant une tache brune où les oeufs ont été pondus. Le 18 juin, le groupe a déserté la feuille et s'est déplacé sur un chaton du bouleau, un peu plus haut sur la même branche. La femelle fait vibrer ses ailes lorsqu'un insecte passe à proximité. Elasmucha lateralis
2 juin
Elasmucha lateralis
18 juin
Elasmucha lateralis
9 juin
Elasmucha lateralis
15 juin
Elasmucha lateralis La présence de deux carènes ventrales chez E. lateralis est remarquable. L'une s'étend sous l'abdomen (A) et l'autre sous le thorax (C). Elles pointent en direction contraire et se croisent sur une longueur de quelques millimètres, à leur point de rencontre (B). L'extrémité effilée de la carène ventrale est toujours située à droite de celle de la thoracique. Le rostre est toujours allongé à gauche de la carène thoracique (Frost & Haber, 1944) et son extrémité (D) dépasse légèrement le point de rencontre des deux carènes. Chez certaines punaises comme le réduve, le rostre s'insère dans un sillon. Ici, au contraire, la carène semble un obstacle au port naturel du rostre, au centre du thorax. Elasmucha lateralis

Liste des espèces d'Acanthosomatidae du Québec
La liste des espèces a été tirée de Maw et al. (2000). Pour connaître les espèces présentes dans les régions adjacentes au Québec, consultez la liste de Roch (2014). La classification en tribus provient de Paiero et al. (2013) et les longueurs de McPherson (1982).
Nom

Longueur
(mm)
Hôtes
Elasmostethus atricornis (Van Duzee) 9,0 - 10,0 Aralie à grappes (Aralia racemosa)
Elasmostethus cruciatus (Say) 8,0 - 10,0 Aulne (Alnus sp.)
Elasmucha lateralis (Say)
6,5 - 9,0
Bouleau (Betula sp.)
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