Sous-famille Ponerinae

Ce taxon traditionnel a été subdivisé par Bolton (2003) en six sous-familles sur la base de données morphologiques. Les Ponérines regroupent maintenant 23 genres et demeurent la plus grande des six sous-familles. Bien que présentes dans toutes les régions biogéographiques, la majorité des espèces vivent dans l’hémisphère sud. Cependant, plusieurs genres étendent leur territoire dans la région holarctique sans envahir la zone de la forêt boréale. Des huit genres présents dans la région néarctique et regroupant une vingtaine d’espèces (Fisher & Cover 2007), seulement deux atteignent le Québec.

CLÉ DES GENRES ET DES ESPÈCES
SELON LES FEMELLES



Genre HYPOPONERA Santschi

Taylor (1967) a élevé ce taxon, alors inclus dans le genre Ponera, au rang de genre. Il regroupe maintenant plus de 170 espèces. L’apparence générale des individus des deux genres se ressemble fortement. On peut même identifier des clines morphologiques similaires, indiquant une évolution parallèle. Cependant, certains caractères, dont ceux du pétiole, permettent de les séparer.

Diagnose. FEMELLES. Monomorphiques, de couleur brunâtre à noirâtre; taille et apparence différant peu entre l’ergate et la gyne; cette dernière ayant un thorax plus robuste et deux paires d’ailes à l’émergence. Mandibules triangulaires et dentées. Palpes buccaux minuscules, les maxillaires à un article, les labiaux à 1 ou 2 articles. Clypéus ayant un minibulbe médian. Antennes de 12 articles. Lobes frontaux recouvrant entièrement l’insertion des antennes et munis de longs poils couchés. Yeux de l’ergate absents ou minuscules et peu visibles, situés dans le quart antérieur des côtés de la tête; plus grands chez la gyne et accompagnés de trois ocelles. Tibias des pattes antérieures pourvus d’un strigile muni d’un peigne allongé et incurvé, sans lamelle basale (figure E); tibias des pattes médianes et postérieures possédant un éperon apical pectiné. Dorsum du mésosome, vu de profil, le plus souvent rectiligne. Propodéum sans projections. Pétiole vu de côté : faiblement attaché au gastre; sternum en forme de lobe simple, sans fenêtre antérieure, ni spinules postérolatéraux. Gastre subcylindrique, à peine plus long que le mésosome; un sillon peu profond sépare le premier et le deuxième segment (figure D). Aiguillon bien développé, restant exhibé le plus souvent. Production de reproductrices de forme ergatogyne ou ergatoïde chez quelques espèces. MÂLES. Corps noirâtre, plus petit que celui de la gyne. Yeux composés grands et accompagnés de trois gros ocelles. Antennes de 13 articles. Quelques espèces produisant la forme normale et une forme ergatoïde. NYMPHES. Corps enveloppé d’un cocon brun, assez solide; imago capable d’émerger sans l’aide des ergates.

Essentiellement prédatrices et de très petite taille, ces fourmis chassent de petits invertébrés et leurs œufs au sol ou dans les étages de la végétation. Un genre dominant dans la litière tropicale.

La répartition géographique actuelle d’Hypoponera comprend un important volet cosmopolite. Plusieurs espèces furent dispersées un peu partout sur la planète par l’être humain. La répartition naturelle se limiterait aux régions tropicales et subtropicales, mais quelques espèces ont envahi des régions à climat tempéré. On a repéré plus de 10 espèces dans la moitié sud de l’Eurasie et deux fois moins en Amérique du Nord : dans des forêts du sud-est des États-Unis, dans des habitats mésiques de l’Ouest états-unien (Fisher & Cover 2007), et introduction dans le sud-est du Canada. Une seule espèce, cosmopolite, a été rapportée jusqu’à présent au Québec.

Hypoponera punctatissima (Roger 1859)

Diagnose. Taille des ergates : 2,0 - 3,0 mm. Taille des gynes : 3,0 - 4,5 mm. Corps brun pâle à brun foncé. Yeux composés de 2 à 4 facettes minuscules. Clypéus : distinctement plus court que large, divisé en deux ailes latérales par un minibulbe médian; marge antérieure faiblement anguleuse ou droite. Marge masticatrice des mandibules munie de dents et de denticules plutôt grossiers et séparés, la dent apicale étant la plus grande (figure C). Pronotum plus long que large. Pétiole vu de côté : nœud haut et étroit; sternum bulbeux (figure D). Pilosité du dorsum du corps courte, réclinée et dense. Mâles de forme normale ou ergatoïde. Photos dans la Galerie.

Bioécologie. Cette minuscule espèce tropicale se rencontre dans les constructions chauffées en zone tempérée froide. La majorité des cas de présence sont rapportés par des spécialistes de la gestion parasitaire. Aucun cas connu de colonie dans un milieu naturel. Les caractéristiques du climat québécois permettent de supposer qu’elle n’est pas naturalisée.

Un jour, le hasard voulut que je sois attiré par de nombreux petits insectes qui voltigeaient dans le passage d’entrée d’un vieil édifice commercial et résidentiel de la ville de Québec. Il s’agissait de nombreuses gynes de cette fourmi. Elles semblaient provenir du dessous d’une tuile recouvrant le plancher de ciment, près du seuil de la porte, car autour d’un coin brisé et décollé de cette tuile, il y avait un attroupement de gynes accompagnées de quelques ouvrières. On rapporte que la piqûre de la gyne peut être douloureuse.

Répartition. Capturée dans le tiers sud du Québec jusqu’à présent. Localités : Montréal, Ville de Québec (secteurs Courville, Beauport, Sainte-Foy), Saint-Georges de Beauce, Saint-Hyacinthe, Ville de Saguenay (Chicoutimi, Jonquière, La Baie).

Répartition néarctique. Signalements sporadiques dans le sud du Québec et de l'Ontario. Probablement présente au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse. États-Unis : divers états d’est en ouest (Antweb 2019).


Genre PONERA Latreille

Ce genre rassemble quelque 50 espèces de petite taille (1 à 5 mm), qui affichent une allure générale typique de Ponérines. Ces fourmis essentiellement cryptobiotiques nichent dans le bois mort en forêt et dans le sol, sous des roches, en milieu ouvert. Les colonies, qui se composent de 30 à 100 ergates et de 1 à 3 gynes, se nourrissent de petits arthropodes de la litière. Taylor a présenté, en 1967, une révision complète du genre en reconnaissant plusieurs groupes d’espèces.

Diagnose. FEMELLES. Monomorphiques, de couleur brunâtre à noirâtre; taille et apparence différant peu entre l’ergate et la gyne; cette dernière ayant un thorax plus robuste et deux paires d’ailes à l’émergence. Mandibules triangulaires et dentées. Palpes maxillaires et labiaux minuscules, composés de deux articles. Antennes de 12 articles. Lobes frontaux le plus souvent rapprochés l’un de l’autre, recouvrant au moins partiellement l’insertion des antennes. Yeux composés des ergates souvent vestigiaux, de 2 à 5 facettes peu visibles; plus grands chez la gyne et accompagnés de trois ocelles. Dorsum du mésosome, vu de profil, le plus souvent rectiligne. Tibias des pattes antérieures ayant un strigile muni d’un long peigne recourbé (figure E); ceux des pattes médianes et postérieures possédant un éperon apical pectiné. Propodéum sans projections. Pétiole vu de côté : faiblement attaché au gastre; noeud massif et variable en épaisseur, hauteur atteignant celle du premier segment gastrique; sternum de forme rectangulaire, avec une fenêtre antérieure translucide et deux spinules postérolatéraux. Gastre : subcylindrique, à peine plus long que le mésosome; premier segment séparé du second par un étranglement annulaire plus ou moins prononcé et strié (figure G). Aiguillon bien développé et fonctionnel, souvent apparent. Orifice postéroventral du gastre en forme de fente. Pilosité du dorsum du corps courte et quelque peu abondante. MÂLES. Corps noirâtre, plus petit que celui de la gyne. Yeux composés grands et accompagnés de trois gros ocelles. Antennes de 13 articles. NYMPHES. Corps enveloppé d’un cocon brun, assez solide; imago capable d’émerger sans l’aide des ergates.

Les colonies comptent quelques dizaines à plus d’une centaine d’individus. Les larves se nourrissent elles-mêmes sur les proies apportées et découpées par les ergates. La gyne fondatrice, contrairement aux fourmis plus évoluées, quitte son nid pour aller chasser. Ces fourmis, qui sont principalement prédatrices, s’alimentent d’insectes et d’autres petits arthropodes. Les nids aménagés dans la litière ou construits dans le sol demeurent indécelables sans fouille. On les découvre aussi sous les roches ou divers débris de matière organique, parfois dans le bois mort.

Ce genre à répartition principalement orientale, indo-australienne et australasienne comprend peu d’espèces dans la région holarctique : six espèces dans la moitié sud de l’Eurasie et deux en Amérique du Nord. Une seule espèce indigène au Québec.

Ponera pennsylvanica Buckley 1866

Diagnose. Taille des ergates : 2,8 à 3,4 mm. Taille des gynes : 3,7 à 4,0 mm. Coloration brune à brun noirâtre. Marge antérieure du clypéus légèrement convexe et surmontée d’une protubérance bulbeuse saillant de la région médiane (figure F). Marge masticatrice des mandibules avec 3 grandes dents occupant l’apex et suivies d’une série de 9 à 14 denticules très fins et juxtaposés; en plus, un denticule basal sur la marge postérieure. Yeux composés minuscules, de 1 à 5 facettes difficiles à discerner, situés dans le quart antérieur des côtés de la tête. Lobes frontaux recouvrant entièrement l’insertion des antennes. Pétiole : noeud compact, plus haut et plus large que long; sternum à spinules postéroventraux réduits, mais distincts (figure G); vue dorsalement, marge antérieure du nœud convexe, la postérieure concave. Photos dans la Galerie.

Bioécologie. Cette fourmi très discrète et lente semble préférer les sols terreux et limoneux sous des roches et autres objets ou sous le tapis végétal dans les milieux ouverts : prés, pâturages avec ou sans arbustes comme le framboisier ou de jeunes conifères dispersés, affleurements rocheux ayant un tapis de mousse avec ou non une végétation arbustive ou arborescente peu développée (Letendre et al. 1971). Elle utilise la matière ligneuse plus ou moins dégradée (souches, troncs, branches et brindilles), des glands et autres débris dans des milieux plus ou moins fermés. Les nids se trouvent principalement dans les horizons organiques des sols, à moins de cinq centimètres de la surface. Prédatrice de petits invertébrés, elle butine en surface ou dans le sol à la recherche de proies. Les colonies se composent de quelques dizaines d’individus seulement, avec un couvain peu abondant qui n’hiverne pas (Headley 1952, Talbot 1957, Pratt et al. 1994).

Au Québec, on ne l’a pas trouvée dans des peuplements climaciques à maturité, ou alors en bordure seulement. Elle a été capturée plus particulièrement dans l’érablière laurentienne et diverses associations d’érable, de chêne et de pin, dans un peuplement d’orme et de noyer, dans diverses pinèdes composées de pin rigide, de pin rouge, de pin gris et incluant parfois des bouleaux, des peupliers, des sapins et des épinettes, dans des peuplements de Thuya et de pin sur sol rocailleux, habitats plus ou moins accidentés et secs, ouverts, dans des zones avec repousses de peupliers avec parfois des pins. La plupart de ces biotopes sont quelque peu ouverts. Souvent, les colonies construisent leur nid en bordure, dans la zone de transition séparant un boisé d’une route, d’une zone arbustive, d’un pâturage ou d’une zone rudérale.
 
Un climat de moins en moins favorable, en particulier face à la température et à l’ensoleillement, limite l’expansion de cette fourmi vers le nord. Il n’est donc pas étonnant de la rencontrer principalement dans des milieux semi-ouverts, au Québec, où elle peut profiter d’un meilleur microclimat au sol, alors qu’elle peut se développer dans des habitats assez fermés, plus au sud.

Répartition. Une des espèces caractéristiques du domaine de l’érablière de la vallée du fleuve Saint-Laurent (Francoeur 1966). Elle monte du côté ouest jusqu’au Témiscamingue, un peu au-delà de 48° LN, où des peuplements d’érable à sucre et de bouleau jaune se maintiennent plus ou moins sporadiquement. Des recherches dans les érablières du Parc national du Mont-Tremblant n’ont donné aucune capture; d’ailleurs, ces boisés fermés et secs se révélèrent très pauvres en fourmis.

La répartition géographique des échantillons, à quelques exceptions près, se trouve en deçà de l’isotherme 4,5°C de la température moyenne annuelle du Québec. Taylor (1967) fait coïncider les limites septentrionales de la répartition de P. pennsylvanica avec celui-ci. Cela semble assez juste globalement. Cependant, elle peut s’établir beaucoup plus au nord dans des milieux favorables. Il manque des données à ce sujet dans les régions du Témiscamingue, de Pontiac et de Gatineau.

Répartition néarctique. Le territoire de Ponera pennsylvanica recouvre presque entièrement celui du biome de la forêt décidue tempérée de l’est de l’Amérique du Nord : sud-est du Canada et est des États-Unis. Vers l’ouest, présence sporadique signalée dans quelques états; possiblement importée de l’est.


Références
Antweb. 2019.
https://www.antweb.org/description.do?genus=hypoponera&species=punctatissima&rank=species
Bolton, B. 2003. Synopsis and classification of Formicidae. Memoirs of the American Entomological Institute 71: 1-370.
Fisher, B.L. & Cover, S.P. 2007. Ants of North America: A Guide to the genera. University of California Press, Los Angeles. 194 p.
Francoeur, A. 1966. La faune myrmécologique de l'érablière à sucre (Aceretum saccharophori Dansereau) de la région de Québec. Le Naturaliste canadien 93 : 443-472.
Headley, A.E. 1952. Colonies of ants in a locust woods. Annals of the Entomological Society of America 45 (3): 435-442.
Letendre, M., Francoeur, A., Béïque, R. & Pilon, J.-G. 1971. Inventaire des fourmis de la station de biologie de l'Université de Montréal. Le Naturaliste canadien 98 : 591-606.
Pratt, S.C., Carlin, N.F. & Calabi, P. 1994. Division of labor in Ponera pennsylvannica (Formicidae: Ponerinae). Insectes Sociaux 41: 43–61.
Talbot, M. 1957. Populations of ants in a Missouri woodland. Insectes Sociaux 4 (3): 375-384.
Taylor, R.W. 1967. A monographic revision of the ant genus Ponera Latreille (Hymenoptera: Formicidae). Pacific Insect Montly 13: 1-112.

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